Calcul

Faire 10 km de plus pour payer moins cher est-il rentable ?

Deux itinéraires vers deux stations affichant des prix différents

Une station affiche 8 centimes de moins au litre, mais elle est à dix kilomètres. La question revient à chaque plein et elle a une réponse arithmétique, pas une réponse d'intuition. Le calcul tient en une ligne, et il aboutit presque toujours au même verdict.

La formule en une ligne

Le détour a un coût fixe, le gain est proportionnel au volume pris. Toute la question est de comparer les deux.

Coût du détour = distance supplémentaire (aller-retour) × consommation ÷ 100 × prix du litre
Gain = litres pris × écart de prix au litre
Le détour est rentable quand le gain dépasse le coût.

Prenons un cas ordinaire. Une voiture qui consomme 7 litres aux 100 kilomètres, un plein de 50 litres, et une station située à 10 kilomètres de plus, ce qui fait 20 kilomètres aller-retour. Le détour consomme 20 × 7 ÷ 100 = 1,4 litre. Au prix moyen actuel du gazole, cela représente environ 3,32 €. Pour équilibrer sur 50 litres, il faut donc gagner 6,6 centimes par litre.

6,6 c/L C'est l'écart minimal à trouver pour qu'un détour de 10 kilomètres, aller et retour, soit rentable sur un plein de 50 litres, avec une consommation de 7 litres aux 100. En dessous, vous perdez de l'argent en croyant en gagner.

Faites le calcul avec vos chiffres

Le calcul compte automatiquement l'aller-retour.

-
Coût du détour-
Gain sur le plein-
Écart minimal nécessaire-
Carburant brûlé pour le détour-

Les seuils, détour par détour

Voici les écarts minimaux à trouver, en centimes par litre, pour une voiture consommant 7,0 litres aux 100 kilomètres, au prix moyen actuel du gazole. Chaque case indique le seuil au-delà duquel le détour rapporte quelque chose.

Détour (aller simple) 20 litres pris 40 litres pris 50 litres pris 60 litres pris
5 km 8,3 c 4,1 c 3,3 c 2,8 c
10 km 16,6 c 8,3 c 6,6 c 5,5 c
20 km 33,2 c 16,6 c 13,3 c 11,1 c
30 km 49,7 c 24,9 c 19,9 c 16,6 c

La lecture du tableau donne la règle pratique. Un détour de 5 kilomètres passe presque toujours, parce que l'écart entre deux stations d'une même agglomération dépasse souvent ce seuil. À partir de 20 kilomètres, il faut un écart que l'on ne rencontre pratiquement jamais entre deux stations ordinaires, et le détour ne se justifie plus.

Le rapprochement qui règle la question. L'écart médian entre la grande distribution et les réseaux pétroliers se compte en quelques centimes par litre, comme le montre notre comparatif des enseignes. Croisez ce chiffre avec le tableau ci-dessus : il autorise un petit détour, jamais une expédition.

Ce que le calcul carburant oublie

Le calcul ci-dessus est volontairement favorable au détour, parce qu'il ne compte que le carburant brûlé. Trois postes s'y ajoutent en réalité.

  • L'usure du véhicule. Pneus, freins, entretien périodique et décote se paient au kilomètre. Le barème kilométrique utilisé par l'administration fiscale, qui intègre ces postes, situe le coût réel d'un kilomètre plusieurs fois au-dessus du seul carburant.
  • Le temps. Vingt kilomètres en zone urbaine représentent facilement une demi-heure, file d'attente comprise. Chacun valorise son temps comme il l'entend, mais il ne coûte jamais zéro.
  • Le risque. Un détour ajoute des kilomètres, donc une exposition supplémentaire, et parfois un trajet sur des axes que vous n'auriez pas empruntés.

En intégrant seulement l'usure, les seuils du tableau doivent être majorés de moitié environ. Autrement dit, ce qui paraissait à l'équilibre devient perdant.

Trois cas où le détour se justifie

  1. La station est sur votre trajet. Le détour est alors nul et le calcul devient sans objet : tout écart, même d'un centime, est un gain net. C'est la situation la plus fréquente et la plus rentable, et c'est ce que permet de repérer notre carte des stations les moins chères autour de vous.
  2. Vous prenez un gros volume. Un réservoir de 70 ou 80 litres, un utilitaire, ou un plein avant un départ en vacances changent l'équation, puisque le gain est proportionnel au volume alors que le coût du détour ne l'est pas.
  3. Vous faites autre chose au même endroit. Si la station se trouve à l'hypermarché où vous alliez de toute façon, le kilométrage n'est pas imputable au carburant. C'est d'ailleurs exactement le modèle économique de ces stations.

La règle à retenir

Sur un plein classique de 50 litres, un détour se rentabilise jusqu'à environ cinq kilomètres, devient discutable autour de dix, et cesse d'avoir un sens au-delà de vingt. Le vrai levier n'est pas de chercher la station la moins chère du département, c'est de connaître la moins chère parmi celles que vous croisez déjà.

Pour les trajets plus longs, notre calculateur de coût de trajet donne le coût complet d'un déplacement selon votre consommation et le carburant choisi, ce qui permet de comparer deux itinéraires plutôt que deux stations.

Questions fréquentes

Combien faut-il gagner au litre pour rentabiliser 10 km de détour ?

Avec une voiture consommant 7 litres aux 100 km et un plein de 50 litres, un détour de 10 kilomètres aller-retour coûte environ 1,4 litre de carburant. Il faut donc gagner à peu près 3 centimes par litre pour être à l'équilibre. Si le détour fait 10 kilomètres dans chaque sens, soit 20 kilomètres au total, le seuil monte autour de 6 centimes par litre.

Le détour est-il plus rentable avec un gros réservoir ?

Oui, mécaniquement. Le coût du détour est fixe, il ne dépend que de la distance et de votre consommation. Le gain, lui, est proportionnel au nombre de litres pris. Faire dix kilomètres de plus pour prendre 20 litres est rarement rentable, le faire pour un plein de 60 litres l'est trois fois plus facilement.

Faut-il compter autre chose que le carburant ?

Oui. Le carburant est le coût minimal d'un kilomètre, pas son coût réel. L'usure des pneus, l'entretien, la décote du véhicule et le temps passé s'ajoutent. Le barème kilométrique fiscal, qui intègre ces postes, situe le coût d'un kilomètre bien au-dessus du seul carburant consommé.

Rouler jusqu'à la réserve pour attendre une station moins chère est-il malin ?

C'est le plus mauvais calcul possible. Rouler sur la réserve fait prendre le risque d'une panne sèche, dont le coût dépasse largement l'économie visée, et pousse à accepter le premier prix venu une fois l'aiguille au minimum. Faire le plein quand l'occasion se présente reste plus économique que le chasser.

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